Whey et goutte : elle fait baisser l’acide urique, pas monter

Le bilan sanguin affiche une uricémie trop haute, ou tu sors d’une crise qui t’a réveillé la nuit avec un gros orteil en feu. Tu regardes ton pot de whey et tu te demandes s’il faut le jeter.

L'essentiel
  • L'inverse de ce que tu crains : Le lait fait baisser l'uricémie d'environ 10 % en trois heures dans un essai randomisé croisé (p < 0,0001), pendant que le contrôle soja, à dose de protéines égale, la fait monter d'environ 10 %.
  • Protéine n'est pas purine : Les purines viennent des noyaux cellulaires, pas de la teneur en protéines. Le lactosérum est un liquide quasi acellulaire, donc très pauvre en purines.
  • La preuve dans les chiffres : Sur 47 150 hommes suivis 12 ans, la viande augmente le risque de goutte de 41 % et les fruits de mer de 51 %, alors que l'apport protéique total n'est associé à rien.
  • Les purines, en vrai : Levure de bière 2 996 mg pour 100 g, anchois séché 1 109, foie de poulet 312, sardine 210, filet de boeuf 98. Le lait est à 0,0, le yaourt à 5,2 et le fromage à 5,7. C'est là que se joue ton uricémie, pas dans ton shaker.
  • Les vrais leviers : Diurétiques (risque x 2,39), IMC au-dessus de 30 (x 2,24), alcool à partir de 50 g par jour (x 2,53), bière (x 1,49 par portion quotidienne), sodas sucrés (x 1,85 à deux par jour).

La réponse tient en une phrase, et c’est l’inverse de ce que tu crains. Les protéines laitières font baisser l’acide urique. Pas monter.

Trois travaux ont mesuré ce que les protéines de lait font à l’uricémie, et aucun ne va dans le sens de ta crainte. Ce qui suit te donne ces trois résultats, les vraies sources de purines en milligrammes, ce que vaut l’hydratation, et le classement chiffré des facteurs qui pèsent réellement sur une goutte.

Les protéines laitières font baisser l’uricémie, pas monter

Boire du lait fait chuter l’acide urique sanguin d’environ 10 % en trois heures. Le chiffre vient d’un essai randomisé en cross-over publié dans Annals of the Rheumatic Diseases (Dalbeth et coll., 2010, PMID 20472590), avec un p inférieur à 0,0001.

Le détail qui rend l’essai savoureux : le produit de contrôle était du soja, apportant exactement la même quantité de protéines. Lui a fait monter l’uricémie d’environ 10 %. Même dose de protéines, effet opposé. Si la protéine était le coupable, les deux courbes seraient allées dans le même sens.

Ce n’est pas un résultat isolé de laboratoire. La cohorte américaine qui fait référence sur le sujet a suivi 47 150 hommes pendant douze ans et documenté 730 nouveaux cas de goutte (Choi et coll., 2004, PMID 15014182). Les gros consommateurs de laitages avaient un risque relatif de 0,56 par rapport aux plus faibles consommateurs, soit 44 % de goutte en moins.

Une méta-analyse de 2024 rassemblant les études d’observation aboutit au même endroit, avec un odds ratio de 0,69 pour les produits laitiers face à l’hyperuricémie (Chi et coll., 2024, PMID 39289820). Trois méthodes différentes, un essai contrôlé, une cohorte prospective et une synthèse d’observationnelles, qui pointent toutes dans la même direction.

TravailMéthodePopulationRésultat sur les laitages
Dalbeth, 2010Essai randomisé croisé16 hommes en bonne santéUricémie en baisse d’environ 10 % en 3 h, p < 0,0001. Le contrôle soja la fait monter d’environ 10 %
Choi, 2004, NEJMCohorte prospective, 12 ans47 150 hommes, 730 cas de goutteRisque relatif 0,56 (IC 95 % 0,42 à 0,74) pour le quintile le plus consommateur
Chi, 2024Méta-analyse d’études d’observationSynthèse multi-cohortesOdds ratio 0,69 (IC 95 % 0,61 à 0,78) pour l’hyperuricémie

D’où viennent vraiment les purines de ton assiette

La chaîne que tu as en tête ressemble à ceci : protéine, donc purine, donc acide urique. Le premier maillon et le dernier sont justes. Celui du milieu est faux.

Les purines ne sont pas un sous-produit des protéines. Ce sont les briques de l’ADN et de l’ARN, donc elles se logent dans les noyaux cellulaires. Un aliment est riche en purines quand il est riche en cellules, ou en noyaux denses : la viande, les abats, les petits poissons qu’on mange entiers, les laitances, la levure.

L’analyse par chromatographie de 270 aliments courants menée par une équipe japonaise range les choses exactement comme ça, autour des viandes, des chairs de poisson, des organes comme le foie et les laitances, et de la levure (Kaneko et coll., 2014, PMID 24553148).

Le lactosérum, lui, est un liquide. C’est la phase aqueuse qui s’écoule quand le lait caille, débarrassée du gras et de la caséine. Presque pas de cellules dedans, donc presque pas de noyaux, donc presque pas de purines. Tu peux avoir 25 grammes de protéines dans un shaker et une charge purique dérisoire, parce que les deux paramètres ne sont pas reliés.

Les chiffres existent depuis 2014. L’équipe de Kaneko a dosé les purines de 270 aliments par chromatographie liquide, et le classement qui en sort ne ressemble pas du tout à celui des protéines.

Aliment, pour 100 gPurines totalesClassement Kaneko
Levure de bière en poudre2 995,7 mgHors catégorie
Anchois séché1 108,6 mgTrès élevé
Petites sardines séchées746,1 mgTrès élevé
Foie de poulet312,2 mgTrès élevé
Foie de porc284,8 mgÉlevé
Foie de bœuf219,8 mgÉlevé
Bonite211,4 mgÉlevé
Sardine fraîche210,4 mgÉlevé
Crevette195,3 mgModéré
Filet de bœuf98,4 mgFaible
Longe de porc90,9 mgFaible
Jambon74,2 mgFaible
Épinards51,4 mgFaible
Fromage5,7 mgTrès faible
Yaourt5,2 mgTrès faible
Lait0,0 mgTrès faible

Regarde les trois dernières lignes. Le lait sort à zéro, le yaourt et le fromage à cinq milligrammes, quand un foie de poulet en aligne plus de trois cents. Le seul repère chiffré de conduite publié dans ce travail est japonais : rester sous 400 mg de purines alimentaires par jour (Kaneko et coll., 2014, PMID 24553148). Une portion de 150 g de foie te met déjà au-dessus. Trente grammes de whey ne te coûtent rien de mesurable sur ce compteur.

Deux avertissements sur ce tableau, parce qu’il circule souvent tronqué ailleurs. Il s’agit d’aliments crus ou préparés à la japonaise, donc les poissons séchés y sont surreprésentés par rapport à une assiette française. Et la bière elle-même n’a pas été dosée ici : c’est la levure de brasserie qui l’est, ce qui explique une partie du problème sans le chiffrer verre par verre.

La cohorte de 2004 le démontre sur le terrain. Dans le même jeu de données, la viande fait monter le risque de goutte de 41 % et les fruits de mer de 51 %, alors que l’apport protéique total n’est associé à rien du tout. Les auteurs le disent noir sur blanc : un apport modéré de légumes riches en purines ou de protéines n’est pas associé à un risque accru de goutte.

Visuel indiquant que la viande augmente le risque de goutte de 41 % dans la cohorte de Choi 2004, alors que l'apport protéique total n'y est associé à aucun risque.

Le test qui départage protéine et purine

Les légumes riches en purines, épinards, asperges, champignons, lentilles, ne ressortent pas non plus dans cette cohorte. Un aliment chargé en purines végétales ne se comporte pas comme un morceau de foie. La teneur en protéines, elle, ne prédit rien.

L’essai de Dalbeth a testé du lait, chez des gens qui n’ont pas la goutte

Cet essai a testé du lait, pas de la whey du commerce, et il l’a fait chez des volontaires sans goutte. Deux réserves qu’il faut poser avant d’aller plus loin, parce qu’elles limitent ce qu’on a le droit d’en conclure.

Les seize participants étaient des hommes en bonne santé. Chacun a reçu, à des jours différents, quatre produits apportant 80 grammes de protéines : le contrôle soja, du lait écrémé de début de saison, du lait écrémé de fin de saison plus riche en acide orotique, et un concentré de protéines de lait ultrafiltré. Aucun n’était un pot acheté en boutique de sport.

Le mécanisme observé est intéressant : tous les produits ont augmenté l’excrétion fractionnelle d’acide urique par le rein, y compris le soja. Autrement dit, le lait fait sortir l’urate plus vite. C’est un effet aigu, mesuré sur trois heures, pas une preuve qu’un litre de lait par jour pendant dix ans protège un patient goutteux.

Aucun de ces produits n’était une whey du commerce

Le concentré testé était un concentré de protéines de lait ultrafiltré, qui contient caséine et lactosérum, pas un isolat de whey vendu en pot. Personne n’a comparé une whey de rayon au lait sur l’uricémie. Ce qu’on transpose ici, c’est la logique du lait, pas un résultat obtenu sur ta poudre.

Ce que l’ensemble autorise à dire est déjà beaucoup : rien, dans la littérature disponible, ne relie les protéines de lait à une aggravation de la goutte. Ce que ça n’autorise pas, c’est de transformer un effet aigu de trois heures en promesse thérapeutique. On y revient plus bas, parce que c’est exactement là que le marketing s’engouffre.

Ta question porte sur le mauvais objet : voilà les vrais leviers

Si tu veux agir sur ta goutte, la bière, le poids et certains médicaments pèsent infiniment plus lourd que ton shaker. Aucun de ces facteurs n’a le moindre rapport avec les protéines en poudre.

L’alcool arrive en tête, et pas n’importe lequel. Dans la même cohorte de 47 150 hommes, chaque canette de bière quotidienne s’accompagne d’un risque relatif de goutte de 1,49 (Choi et coll., 2004, PMID 15094272). Les spiritueux montent à 1,15 par verre. Le vin, lui, ne ressort pas, avec un risque relatif de 1,04 dont l’intervalle de confiance traverse allègrement le 1. Au-delà de 50 grammes d’alcool par jour, toutes boissons confondues, le risque est multiplié par 2,53.

Visuel indiquant un risque relatif de goutte de 1,49 par portion quotidienne de bière dans la cohorte de Choi 2004 publiée dans le Lancet.

La bière cumule deux handicaps : l’alcool lui-même, qui ralentit l’élimination rénale de l’urate, et la levure de brasserie, qui est l’un des produits les plus chargés en purines du répertoire alimentaire. Ton litre de blonde du samedi soir pèse plus lourd sur ton uricémie que trois mois de shakers.

Le reste du classement vient d’une méta-analyse de cohortes qui a chiffré séparément l’obésité, l’hypertension et les diurétiques (Evans et coll., 2018, PMID 29976236). Chacun de ces trois facteurs multiplie par plus de deux le risque de déclarer une goutte.

FacteurEffet mesuré sur la goutteSource
Diurétiques thiazidiques et apparentésRisque relatif 2,39 (1,57 à 3,65)Evans, 2018, méta-analyse de cohortes
IMC supérieur ou égal à 30Risque relatif 2,24 (1,76 à 2,86)Evans, 2018
Alcool, 50 g par jour ou plusRisque relatif 2,53 (1,73 à 3,70)Choi, 2004, Lancet
Hypertension artérielleRisque relatif 2,11 (1,64 à 2,72)Evans, 2018
Sodas sucrés, 2 portions par jour ou plusRisque relatif 1,85 (1,08 à 3,16)Choi, 2008, BMJ
Bière, une portion quotidienneRisque relatif 1,49 (1,32 à 1,70)Choi, 2004, Lancet
Viande rougeOdds ratio 1,32 (1,18 à 1,47)Chi, 2024, méta-analyse
Fruits de merOdds ratio 1,29 (1,00 à 1,67)Chi, 2024
Protéines en poudreAucune donnée d’association, et laitages protecteursAucune étude dédiée

Le fructose mérite un mot à part, parce qu’il agit par un chemin que personne n’anticipe. Sa métabolisation dans le foie consomme de l’ATP et libère des purines, ce qui fabrique de l’acide urique de l’intérieur, sans qu’on en ait avalé une seule. Deux sodas sucrés par jour suffisent à faire bouger l’aiguille (Choi et Curhan, 2008, PMID 18244959), alors que les sodas light ne ressortent pas. Si ton shaker part dans un litre de jus de fruits, le problème vient du jus.

Un diurétique ne s’arrête jamais tout seul

Le diurétique est le facteur le plus lourd du tableau, et c’est aussi celui que tu n’as pas le droit de toucher. Il traite une hypertension ou une insuffisance cardiaque. Tu signales ta goutte à ton médecin, c’est lui qui arbitre entre les deux problèmes.

L’hydratation, le levier gratuit dont personne ne donne le chiffre

Le rein élimine la plus grande part de ton urate, et il le fait dans de l’urine. C’est tout le fondement du conseil de boire, et c’est aussi là que la plupart des pages françaises te vendent un volume qu’elles ne peuvent pas sourcer.

Disons-le proprement. Aucun essai n’a montré que boire davantage réduit le nombre de crises de goutte. La recommandation américaine de 2020, qui a pourtant passé en revue cinquante-sept questions cliniques, ne formule aucune recommandation sur l’apport hydrique (FitzGerald et coll., 2020, PMID 32391934). Elle mentionne l’hydratation une seule fois, pour les patients sous traitement uricosurique, qui doivent être conseillés sur ce point.

Le chiffre existe ailleurs, sur la complication que tu redoutes probablement le plus.

Les calculs d’acide urique, eux, ont une conduite quantifiée. L’Association européenne d’urologie fixe pour tout patient lithiasique un apport de 2,5 à 3 litres de boisson par jour, avec pour cible une diurèse de 2 à 2,5 litres sur vingt-quatre heures. Elle recommande fermement d’alcaliniser les urines par des citrates alcalins chez les formeurs de calculs uriques, parce que l’acide urique cristallise en urine acide et se dissout quand le pH remonte.

Ce qu’on ne peut pas te promettre

Qu’une eau bicarbonatée remplace un traitement. Alcaliniser les urines est un levier validé contre les calculs uriques, mais il est prescrit sous forme de citrates dosés et suivis au pH urinaire. Aucune eau minérale n’a été testée comme traitement de la goutte.

En pratique, retiens deux choses. Une séance dure dans la chaleur, une nuit de sudation, une diarrhée : ce sont des fenêtres où tes urines se concentrent, et c’est là que boire compte vraiment. Et le bon indicateur tient en un mot : la couleur. Des urines claires du matin au soir valent mieux qu’un litre avalé d’un coup avant de dormir.

L’Assurance maladie ajoute un détail que peu de gens connaissent : elle conseille d’arrêter la bière même sans alcool, parce que ce qui pose problème dans une bière n’est pas seulement son éthanol. Elle recommande aussi de réduire les sodas et jus riches en fructose, et d’augmenter les laitages appauvris en graisses.

Perdre du poids reste le levier le plus rentable de la liste, parce qu’il agit à la fois sur l’uricémie et sur l’hypertension qui l’accompagne. Un repère transversal aide à cadrer la suite : au-delà de 1,62 gramme de protéines par kilo et par jour, en ajouter ne produit plus rien en masse maigre, d’après une méta-analyse de 49 essais et 1 863 participants (Morton et coll., 2018, PMID 28698222). Si ton assiette t’y amène déjà, la poudre ne t’apporte qu’une ligne de dépense, et tu peux la supprimer sans rien perdre.

Personne ne devrait acheter une whey pour soigner sa goutte

Aucune whey vendue en France n’a montré le moindre effet sur les crises de goutte. Deux travaux traînent pourtant dans la littérature, et ils sont faits pour être détournés. Autant te les présenter proprement avant que quelqu’un d’autre ne s’en charge, avec le reste des inquiétudes sur la whey en toile de fond.

Le premier est un essai randomisé en double aveugle sur 120 patients goutteux, suivis trois mois (Dalbeth et coll., 2012, PMID 22275296). Le groupe qui recevait de la poudre de lait écrémé enrichie en glycomacropeptide et en extrait de matière grasse laitière G600 a vu ses crises diminuer davantage que le groupe témoin lactose. Les auteurs qualifient eux-mêmes leur travail de preuve de concept.

Ce produit n’existe pas en rayon. Le glycomacropeptide est un peptide isolé, le G600 un extrait lipidique fabriqué pour l’occasion, et les deux ont été ajoutés à une base de lait écrémé dans un cadre expérimental. Une whey standard ne contient ni l’un ni l’autre à ces concentrations. Citer cet essai pour justifier un achat en boutique, c’est vendre un produit qui n’a pas été testé en s’appuyant sur un produit qui n’est pas vendu.

Le second est une étude chez le rat, publiée en 2024, sur un tripeptide issu de protéines de lactosérum (Qi et coll., 2024, PMID 38240209). Elle décrit une meilleure excrétion intestinale de l’acide urique et une flore modifiée chez des rongeurs rendus hyperuricémiques. C’est de la recherche préclinique animale sur une molécule isolée. Entre un rat de laboratoire et ton articulation, il manque tous les essais cliniques.

La position de cette page en une ligne

Garde ta whey si tu en prends déjà pour t’entraîner, ta goutte ne change rien à ce calcul. Et n’en achète pas pour elle : ton uricémie se joue sur ce que tu bois, ce que tu pèses et ce que tu prends comme médicaments.

Une uricémie élevée au lendemain d’une grosse séance n’accuse pas ta poudre

Un effort très intense fait monter l’acide urique sanguin de façon transitoire, indépendamment de ce que tu as mangé. Trente secondes de sprint sur ergocycle suffisent à faire grimper l’uricémie plasmatique de manière significative chez de jeunes sportifs (Groussard et coll., 2003, PMID 12671197). L’échantillon est petit, sept sujets, mais le mécanisme est bien décrit.

Ce qui se passe est simple. Quand le muscle travaille au-delà de ce que ses réserves d’énergie peuvent soutenir, il dégrade ses propres nucléotides puriques pour continuer. Ces purines-là viennent de tes cellules musculaires, pas de ton assiette, et elles finissent en acide urique dans le sang.

Conséquence pratique, et elle vaut de l’or si tu suis tes bilans. Ne fais pas doser ton acide urique le lendemain d’une séance de jambes, d’un fractionné dur ou d’un match. Prévois 48 à 72 heures de récupération avant la prise de sang, et garde le même protocole d’une fois sur l’autre.

Sinon tu compares une valeur de repos à une valeur de stress, et tu accuseras la seule chose que tu peux montrer du doigt : le pot sur ton plan de travail. Le piège revient souvent après 50 ans, quand les bilans se multiplient et que la place de la whey après 50 ans se repose.

Ce qu’aucun verre de lait ne remplacera : ton traitement

Boire du lait ne remplace pas un traitement hypo-uricémiant. L’allopurinol et le fébuxostat bloquent l’enzyme qui fabrique l’acide urique, en continu, avec un objectif d’uricémie fixé par ton médecin et vérifié par des dosages. L’effet du lait est aigu, de l’ordre de 10 % sur quelques heures, et il n’a jamais été évalué comme substitut à quoi que ce soit.

Cette précision n’est pas une formule de prudence. Une goutte non traitée détruit lentement les articulations, forme des tophus et laisse des dépôts d’urate ailleurs que dans le gros orteil. Arrêter un traitement parce qu’on a lu qu’un aliment fait baisser l’uricémie est une très mauvaise idée, et personne ne devrait avoir à te l’écrire.

Deuxième point qui change tout, celui-là. L’hyperuricémie voisine souvent avec une fonction rénale diminuée, une hypertension et un surpoids, et le rein est justement l’organe qui élimine l’urate. Si ton bilan montre une clairance abaissée, la question des protéines en poudre change complètement de nature et se traite avec ton néphrologue : le sujet est détaillé sur la page consacrée aux protéines en poudre et aux reins. Ce n’est plus une question de goutte à ce stade.

Cinq situations doivent t’envoyer chez un médecin sans attendre le prochain bilan.

  • Une articulation rouge, chaude et gonflée en quelques heures, surtout avec de la fièvre : ça peut être une infection, pas une crise
  • Des crises de plus en plus rapprochées, ou qui touchent maintenant plusieurs articulations
  • Des nodules durs sous la peau des doigts, des coudes ou des oreilles
  • Une créatinine ou une clairance rénale qui se dégrade sur deux bilans successifs
  • Une colique néphrétique, signe possible de calculs d’acide urique

Une dernière façon de résumer tout ça. Le jour où ton uricémie descend, ce ne sera pas parce que tu auras jeté un pot de poudre. Ce sera parce que ton traitement est à la bonne dose, que la bière du samedi a disparu, que trois kilos sont partis et que tes urines sont claires. Ces quatre leviers sont chiffrés plus haut. Le shaker, lui, n’apparaît nulle part dans le classement.

Quiz · Testez vos connaissances

Question 1 sur 5

1. Dans l'essai randomisé de Dalbeth, que devient l'uricémie trois heures après avoir bu du lait ?

2. D'où viennent les purines d'un aliment ?

3. Quel facteur du tableau pèse le plus lourd sur le risque de déclarer une goutte ?

4. Une whey vendue en boutique peut-elle réduire tes crises de goutte ?

5. Ton uricémie ressort haute au lendemain d'une grosse séance. Que faut-il en conclure ?

L’inquiétude d’à côté

Et pour les reins, la réponse est-elle aussi nette ?

Ce que montrent réellement les études sur la fonction rénale et les protéines en poudre, chez le rein sain comme chez le rein déjà abîmé.

Questions fréquentes

Une protéine végétale serait-elle un choix plus sûr si j’ai de la goutte ?

Deux sources solides ne disent pas la même chose ici, et tu mérites de les avoir toutes les deux. Dans l’essai de Dalbeth, le produit au soja a fait monter l’uricémie d’environ 10 % en trois heures, à dose de protéines égale. La méta-analyse de 2024 trouve à l’inverse un odds ratio de 0,86 pour les produits au soja face à la goutte.

Un effet aigu de trois heures et une exposition mesurée sur des années ne racontent pas la même histoire. Ce qu’on peut dire sans se tromper : rien n’indique qu’une protéine végétale soit plus sûre que le lactosérum pour ton uricémie.

Faut-il arrêter les shakers pendant une crise ?

Aucune donnée ne le justifie, et une crise n’est pas déclenchée par un aliment consommé la veille. Ce qui compte pendant une crise, c’est le traitement anti-inflammatoire prescrit, l’hydratation et le repos de l’articulation. En revanche, une crise s’accompagne souvent d’une baisse d’appétit et d’un arrêt de l’entraînement : dans ce contexte, un shaker peut simplement devenir inutile. Reprends quand tu reprends la salle.

Le café aggrave-t-il la goutte ?

La méta-analyse de 2024 trouve l’inverse, avec un odds ratio de 0,56 pour le café face à la goutte, c’est-à-dire le signal protecteur le plus marqué de toute sa liste d’aliments. Ce sont des études d’observation, donc la prudence habituelle s’applique : les gros buveurs de café diffèrent des autres sur bien des points. Personne ne devrait se mettre au café pour sa goutte, mais rien n’invite non plus à l’arrêter.

Les données valent-elles aussi pour les femmes ?

Une partie seulement. Les deux cohortes de Choi et l’essai de Dalbeth portent uniquement sur des hommes, ce qui n’a rien d’un hasard : avant la ménopause, les œstrogènes favorisent l’élimination rénale de l’urate et la goutte reste rare chez la femme. Après la ménopause, l’écart se réduit nettement. La méta-analyse de 2024, elle, agrège des populations mixtes. Prends les chiffres masculins comme des ordres de grandeur, pas comme des valeurs transposables telles quelles, et vois le point sur la whey chez la femme pour les autres spécificités.

Sources

  • Dalbeth N. et coll., 2010, Annals of the Rheumatic Diseases, Acute effect of milk on serum urate concentrations: a randomised controlled crossover trial. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20472590/
  • Choi H.K. et coll., 2004, New England Journal of Medicine, Purine-rich foods, dairy and protein intake, and the risk of gout in men. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15014182/
  • Chi X. et coll., 2024, International Journal of Food Sciences and Nutrition, Effects of dietary factors on hyperuricaemia and gout: a systematic review and meta-analysis of observational studies. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39289820/
  • Kaneko K. et coll., 2014, Biological and Pharmaceutical Bulletin, Total purine and purine base content of common foodstuffs for facilitating nutritional therapy for gout and hyperuricemia. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24553148/
  • Choi H.K. et coll., 2004, The Lancet, Alcohol intake and risk of incident gout in men: a prospective study. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15094272/
  • Choi H.K. et Curhan G., 2008, BMJ, Soft drinks, fructose consumption, and the risk of gout in men: prospective cohort study. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18244959/
  • Evans P.L. et coll., 2018, Arthritis Research and Therapy, Obesity, hypertension and diuretic use as risk factors for incident gout: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29976236/
  • Dalbeth N. et coll., 2012, Annals of the Rheumatic Diseases, Effects of skim milk powder enriched with glycomacropeptide and G600 milk fat extract on frequency of gout flares: a proof-of-concept randomised controlled trial. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22275296/
  • Qi X. et coll., 2024, Journal of Agricultural and Food Chemistry, Whey Protein Peptide Pro-Glu-Trp Ameliorates Hyperuricemia by Enhancing Intestinal Uric Acid Excretion, Modulating the Gut Microbiota, and Protecting the Intestinal Barrier in Rats. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38240209/
  • Groussard C. et coll., 2003, Canadian Journal of Applied Physiology, Physical fitness and plasma non-enzymatic antioxidant status at rest and after a wingate test. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12671197/
  • FitzGerald J.D. et coll., 2020, Arthritis Care and Research, 2020 American College of Rheumatology Guideline for the Management of Gout. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32391934/
  • Association européenne d’urologie, recommandations Urolithiasis, chapitre évaluation métabolique et prévention des récidives. https://uroweb.org/guidelines/urolithiasis
  • Assurance maladie, Traitement de la goutte. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/goutte/traitement
  • Morton R.W. et coll., 2018, British Journal of Sports Medicine, A systematic review, meta-analysis and meta-regression of the effect of protein supplementation on resistance training-induced gains in muscle mass and strength in healthy adults. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28698222/

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